• Karine Triot ktriot@free

Deviens ce que tu regardes ! Comment les écrans influencent nos enfants?

Dernière mise à jour : oct. 5


Dans des jeux vidéo, des séries télé, des films et des vidéos, on voit de l’extra-ordinaire.

Personne ne serait captivé par un film qui raconterait qu’on s’est levé le matin et que tout était normal. Qu’on a pris son petit-déjeuner, comme d’habitude. Qu’on est parti à l’heure au collège, et qu’on y a retrouvé les mêmes potes que la veille. Ni passionnants, ni horribles. Justes des ados normaux. On a assisté à des cours, avec des profs banals, certains cools, d'autres pas. Rien de bien folichon.

Alors que sur les tablettes et les smartphones, on regarde du contenu qui créé une émotion forte et un sentiment de vie plus « vivante ».

On est excité. On a peur ! On est triste ! On pleure ! On a de la joie ! Tout est démultiplié et avec des couleurs vives !

En comparaison, la réalité peut sembler un peu, voire carrément, fade !


Ces enfants, ados ou adultes qui passent beaucoup de temps sur écrans, peuvent avoir un sentiment de vacuité, un ressenti un peu ou très dépressif quand ils sont dans la vraie vie. Rien n’est intéressant. Rien ne vaut la peine qu’ils se mobilisent.


Plusieurs cas de figure :


1. Parfois ils manquent d’énergie pour faire. Et il est vrai que d’habitude ils ressentent alors que c’est un autre qui a fait le job : c’est un autre qui a imaginé, qui a joué, qui a filmé, etc. Le spectateur, comme son nom l’indique est un observateur (spectator en latin). Quand on observe, on est en dehors de l’action.

Le résultat, c’est qu’ils ne savent pas faire. Ça leur semble insurmontable et ça attaque leur confiance en eux, puis leur estime d’eux-mêmes.


2. Parfois, ils mobilisent leur corps pour créer du mouvement (et rester éveillés, parce que sinon ils s’endorment) : les instit’ connaissent bien ces enfants qui bougent dans tous les sens et ne savent pas se poser. Serge Tisseron qui a été précurseur en France sur tout ce qui concerne les écrans, disait déjà il y a 20 ans que les dessins animés avant l’école provoquaient tellement d’émotions dans le cerveau des enfants, qu’il faudrait avant de commencer la classe avoir un temps pour évacuer ce trop-plein d’émotions. Céline Alvarez aussi dans son livre « Les lois naturelles de l’enfant », mais aussi Anne-Lise Ducanda, Pédiatre en PMI, mettent en évidence l’hyperactivité et les écrans. Vous craignez que votre enfant soit TDAH, voire il a été diagnostiqué TDAH ? Faites un test 0 écran pendant 3 mois, vous serez certainement étonné !

Certains parents vont me répondre que c’est impossible ! Et pourtant quand internet, les portables et les vidéos n’existaient pas les parents arrivaient à se laver, faire le repas et même dans certaines familles prendre un café tranquille !


3. Parfois, ils ont un côté blasé : ce que leur propose la vraie vie, fait par des humains sans super pouvoirs est naze. Ils ont déjà tout vu, tout fait par écran interposé ! Sauf que la brioche qu’on a mélangée, laissé reposer plusieurs heures, vu gonfler et dont on a senti l’arôme de cuisson, a plus de saveur et plus de fierté que le pitch sorti de son paquet cellophane.



4. Parfois aussi ils sont un peu prétentieux : facile la création d’un jeu ; facile de travailler ; facile de réussir ; facile de casser la tête au « bouffon » qui les embête. Oui, parce que dans les jeux vidéo et sur internet, tout est un peu facile !


Enfin, ces écrans diffusent du contenu. Quel contenu ?


  • Des youtubeurs, des animateurs ou des pubs qui font du 2ème degré... pour des jeunes qui n'ont pas encore appris le 1er. C'est à dire qu'on se moque de situations qu'on n'a pas encore apprises.

Ex. cette publicité pour Kinder Bueno "Tellement bon qu'on en deviendrait méchant".

C'est drôle. Mais "la répétition fixe la notion" et petit à petit, insidieusement le message finit par devenir une attitude sociétale : quand c'est bon et quand c'est pour mon plaisir, je peux bien me le permettre. Et basta, la grand-mère !


  • Des modèles féminins et masculins "hors normes" : soit très beaux avec des critères de beauté qui ne représentent que 4% de la population (particulièrement la minceur des mannequins, comédiennes et cie); soit des corps transformés : l'engouement exponentiel pour les tatouages est directement lié à sa présence dans les beaux modèles humains des séries télé, des publicités, du cinéma, de la mode...


  • Des jeux de meute : les hashtags des réseaux sociaux déclenchent des vagues de violence incontrôlables, comme ce #2010 de cette rentrée 2021 qui pousse les collégiens à attaquer les petits 6èmes.

  • Des challenges comme le « skull breaker challenge », qui consistait à faire une « farce » à quelqu’un, et lui faire un croche-pied en le faisant tomber en arrière. Ou le “A4 waist challenge”, le défi minceur qui consiste à tenir une feuille A4 devant son ventre sans qu'un bout de chair ne dépasse. Dans le cas contraire, la communauté vous en sera témoin : Il vous faut maigrir… Ci-joint un autre défi : le #ThighGap



  • Du sexe. Parce que le sexe attire, fait rire, fait vendre, fait fun, fait jeune... On en retrouve partout aujourd'hui, dans tous les films, les séries, les pubs, les émissions... Mais quelle image de l'amour donnent toutes ces représentations?




  • De la violence. Comment s'étonner ensuite que la violence ordinaire progresse dans la société, quand les héros de nos enfants se permettent de casser la gueule au rival, partir en guerre urbaine, insulter le voisin, faire un coup bas au collègue de bureau ? La gentillesse et la civilité ne sont pas des valeurs encouragées dans la majorité des séries que regardent nos enfants (voire nous !).



Evidemment, il n'y a pas que ça dans les propositions de contenu sur internet, la télé, le cinéma et les jeux vidéo... mais c'est surtout ce contenu qui est visionné. Dans les enquêtes d'opinion, Arte est en tête de liste des chaines préférées des Français, mais les statistiques d'audimat montrent que ce sont M6 et TF1 qui sont les plus regardées !


Alors, je vous invite à poser un regard d'éducateur sur:

  1. L'historique des pages internet de l'ordinateur de votre enfant

  2. Le contenu de ses échanges sur les réseaux sociaux

  3. Les jeux vidéo auxquels il joue

  4. Les séries, les films qu'il aime

Et vous questionner : Quelle valeur est transmise à mon enfant? Quel modèle d'attitude peut-il imiter?



J'accompagne les couples ou les familles pour trouver ensemble un fonctionnement qui leur convient et j'anime aussi des ateliers dans les écoles. A bientôt,

ktriot@free.fr



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