• Karine Triot ktriot@free

Le temps, nos enfants et nous !

Mis à jour : 4 juin 2018


Si nous nous écoutons, sans même une attention active, ce qui revient sans cesse dans les discussions, c’est le manque de temps. C’est notre obsession quotidienne, s’organiser suffisamment efficacement pour faire tout ce que nous avons à faire, voir tous ceux que nous voudrions voir.

Je suis débordé !

Cette recherche pose plusieurs questions :

1. Celle de notre rapport au temps

2. Celle de notre rapport à l’ÊTRE

3. Et celle de nos priorités


St Augustin définit le temps en 3 postulats :

  • Il y a le temps passé… qui n’existe plus

  • Le temps à venir… qui n’existe pas encore... donc pas du tout

  • Et le temps présent… mais pour lequel la question se pose de comment le saisir, puisqu’il ne cesse de passer.

Ce qui fait dire au philosophe François-Xavier Bellamy qu'"à force de courir dans le temps, qui nous échappe, nous courons après nos vies… qui nous échappent !"


Or la réalité du temps est en nous :

Etre attentif au passé. La mémoire est la présence du passé en moi. C’est une forme de stabilité pour notre vie. Se souvenir du passé constitue notre identité.


Au sein de la famille, plusieurs illustrations :

Importance de connaitre ses racines, sa généalogie. Preuve en est le vif intérêt depuis 20 ans pour la généalogie, mais aussi les questions que pose une discipline « nouvelle » qu’est la psycho généalogie ; dans quelle mesure, mon inconscient est-il imprégné des histoires, des blessures de mes ascendants ? Ce n’est pas de l’arnaque, Freud et Lacan évoquaient déjà ces traces de nos ancêtres dans notre inconscient.

Plus pratiquement, on a besoin de connaître d’où on vient. Qui est mon père, ma mère, qui sont leurs parents, quelle est l’histoire de mes familles (transhumances, décès, faillites, drames et résiliences…)


Concrètement :

Qu’est-ce que je sais de mon histoire ? De celle de mon conjoint, du père de mes enfants ? Qu’est-ce que mes enfants en savent ? Comment est-ce que je parle à mes enfants de nos familles ? Est-ce qu’ils savent se situer dans les différentes branches de leur généalogie ?


La question du temps se présente aussi dans le temps à venir et dans les projections que nous faisons.

  • Il s’agit de l’espérance

  • Et de l’appréhension


Là encore, pour moi : comment est-ce que j’envisage l’avenir : précisément en ce moment, mais aussi d’une manière générale ? Est-ce que j’envisage que l’avenir m’apporte de belles surprises ou est-ce que j’imagine plutôt le pire ?

Et vis-à-vis de mes enfants ? Chouette ils grandissent, ils deviennent grands et beaux. Le monde s’ouvre à eux ? Ou alors, quel dommage, c’est passé si vite !

Forcément, leur rapport à l’avenir sera teinté voire nourri de ce regard. Parfois, certaines difficultés d’un jeune à se projeter dans les études peuvent venir de ce rapport au futur. Un manque de vie d’une jeune, manque d’envie, peut venir de ce « No Futur » qui se présente à lui. Ou encore, une difficulté à se prendre en main, à être autonome… parce que les parents ont tant de plaisir à le prendre en charge comme quand il était petit.

Pour nous, les parents, se pose alors la question de la maîtrise : quand ils sont petits, je maitrise tout : le temps !!! Leurs activités, leurs amis… Plus ils grandissent, plus nous, nous vieillissons et moins nous sommes décisionnaires.


C’est l’une des problématiques de la vieillesse : accepter de ne plus être au centre, au cœur de tout. C’est frustrant et on est dans le domaine de la perte, du deuil.

Moins douloureux, c’est pour ça que l’adolescence des enfants n’est pas anodine pour les parents : ils perdent une forme de pouvoir, mais aussi une relation très gratifiante.


Enfin, le temps, c’est le présent.

= C’est l’espace de notre attention à ce que nous sommes en train de vivre.


Pour Matthew Crawford Philosophe américain qui est à la fois prof à l’université et réparateur de motos (!), la denrée rare du XXIème siècle sera la capacité d’attention.

Or cette capacité d’attention est particulièrement sollicitée dans notre époque de la distraction.

Matthew Crawford s’élève contre les exploiteurs du « temps de cerveau disponible », référence à la publicité.

Citons Patrick Le Lay PDG TF1 en 2004

« (…) soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »

La Publicité TV et Internet représente 1.6 milliards d’euros chacun en 2016. Do act !


En réalité, ce qui est en jeu, c’est notre capacité à penser, à avoir une conversation, sans être interrompu par une sollicitation extérieure.

Essayez tout simplement de prendre un café avec une amie, sans qu’à un moment ou à un autre, un smartphone interrompe vos échanges. « Excuse-moi, c’est… » (mon mari, mes enfants, le plombier, mon boulot…)

Or les NTIC sont précisément des techniques qui divisent l’attention.


Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI dans l'Essonne, tire la sonnette d'alarme depuis 1 an sur les écrans et la sollicitation par la TV de l’attention des tout-petits qui ainsi ne peuvent pas pousser leurs découvertes suffisamment loin. Et ainsi ne permettent pas à leur cerveau de se développer.

Elle s'attèle au problème pour les tout-petits, mais soyons honnêtes : smartphones, messageries, whats'App et twitters nous distraient nous aussi adultes quand nous essayons de nous concentrer sur un dossier épineux !


Nous avons volontairement placé dans nos vies des sollicitations :jeux vidéo, info en continue, réseaux sociaux, boutiques ouvertes 24/24, pornographie… qui satisfont notre faim de stimulation quasi-mécanique, j’ai envie de dire pulsionnelle. Or ces sollicitations sont des expériences virtuelles, artificielles, créées pour nous divertir et être des échappatoires au monde réel. On s’habitue à être diverti, informé, relié à la demande et ainsi on devient moins résistants à la frustration. Donc plus fragiles. Donc plus manipulables.

Surtout ces expériences servent à nous maintenir dans un présent hors du temps, sans recul du passé et sans projection vers l’avenir, seulement pour satisfaire un besoin immédiat. Au final, on ne supporte plus la frustration de la réalité, de l’ennui, de nos limites.


On voit par exemple l’effet de cette difficulté à la frustration, à l’ennui ou à l’effort sur la manière d’être parent ou d’être en couple. C’est-à-dire dans les relations qui sont les plus importantes dans nos vies.

On a généralement l’image de la séparation quand ça va vraiment mal : violence dans le couple, disputes incessantes, désaccords fondamentaux… En fait, non !

D’après un sondage IFOP pour Femme Actuelle en 2013, les causes de la séparation seraient en 1- Une vie professionnelle trop prenante

2- Trop d’attentes l’un vis-à-vis de l’autre

3- Trop d’indépendance l’un vis-à-vis de l’autre.

Cela rejoint ce que j’entends le plus en cabinet de conseil conjugal dans le cas de séparation, C’est « je ne t’aime plus » ou « je m’ennuie avec toi ». Et avec une grande rapidité : 12 ans de vie de couple / 7-8 mois, 1 an de moins d’amour, de moins de pep’s, un peu dépression… et le couple sur l’impulsion de l’un des deux se sépare.

S’aimer dans les joies et les difficultés, oui, mais pas longtemps pour les difficultés !


Autre exemple, en matière d’éducation, les jeunes couples d’aujourd’hui ont du mal à tenir le cap, à accepter qu’élever un enfant c’est remettre tous les jours son travail sur le billot. C’est de la répétition. Beaucoup de répétition !!! Et c’est aussi la frustration de faire passer un autre avant soi.


Ce n'est pas facile... Mais qui a osé prétendre que ça le serait ?


En réalité les écrans font écran entre nous et ce qui est en face de nous.


Pour François-Xavier Bellamy, « le présent n’est rien, si nous ne sommes pas présents à lui ».

Le présent est donc ce à quoi nous devons être attentifs.

Ce qui est important à garder à l’esprit, c’est que le temps n’existe dans notre vie que parce qu’il est limité par notre mort.

C’est peut-être le seul bien qu’on ne pourra pas récupérer. Ni transmettre.

Ce qui fait dire à ce jeune philosophe que la catastrophe qui pourrait nous arriver n’est pas la mort, elle est inscrite dans notre vie, mais ce serait de ne pas avoir vécu.

Finalement, l’éternité, c’est l’attention absolue au temps présent !


C’est bien joli toute cette philo, mais et nous en famille ?

Quelques postulats de base :

  • La vie n’est donc pas éternelle

  • Le plus important dans la vie, c’est la relation. Sur notre lit de mort, on se fichera bien de savoir si on a eu le titre (et le salaire) de directeur ou pas. Ce qui comptera c’est qui ai-je aimé et qui m’a aimé.

  • L’enfance de nos enfants est courte. Les nuits sans nuit, en gros, ça dure maxi 8-9 mois ; les siestes qui bloquent l’après-midi 3-4 ans ; gérer les caprices, ça s’apprend, et ça dure quelques mois.

  • Et un jour, on se réveille et on réalise qu’on est samedi après-midi, qu’on n’a ni conduite scoute, ni match de basket, ni courses à faire en urgence avec nos enfants… et on peut retourner lire des BD à la FNAC comme quand on était jeunes !


Alors, dès à présent, on peut réfléchir à comment savourer le temps présent et comment écarter ce qui nous pèse.


  • Qu’est-ce qui fait que je suis débordé dans ma vie ? Noter pendant une semaine tout ce qu’on fait et le temps qu’on y passe. Repérer : qu’est-ce qui est important/ accessoire / futile ? Si j’apprenais demain matin qu’il me reste 2 ans à vivre, qu’est-ce que je garderais ou pas ?

  • A quel moment je me sens débordé ? Agacé par cette insatisfaction ? Qu’est-ce que je pourrais changer ?

  • Dans mes objectifs : qu’est-ce qui est un objectif normal, atteignable, raisonnable ? Qu’est-ce qui serait utopique ? Du registre de SuperMan et Super Jamie ?

Je pense en particulier aux jeunes femmes enceintes qui pensent vivre « normalement » alors qu’elles sont dans l’excès d’activité compte-tenu de la merveille de leur tâche actuelle : préparer une nouvelle vie humaine !


La question fondamentale est justement : qu’est-ce qui est fondamental ? Qu’est-ce qui est premier dans ma vie ?

Qu’est-ce que je veux vivre avec mon mari ou mes enfants avant qu’ils ne quittent la maison ?


Pour aller plus loin :

Un atelier de parents ou de couple Plus Belle Ma Vie, ça permet de se poser et de prendre du recul... Et en plus, c'est sympa ! www.plusbellemavie.fr

 Karine Triot Tel. 06.27.34.98.33

ktriot@free.fr

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